Il ne s’agit pas du diabolique monde de la finance, des maléfiques banquiers et autres traders opportunistes. Il n’est pas question des agences de notation, ces marionnettistes de l’ombre qui conduisent les Etats à leur ruine. Ce n’est pas non plus la pauvreté, la faim dans le monde, ni même le manque d’eau ou le dérèglement climatique. La fin du monde en 2012 ? Si seulement !
La hausse du chômage, la baisse du pouvoir d’achat et la hausse du prix de l’essence, la crise de la dette, les problèmes de logement, le conflit syrien, la pénible transition démocratique dans les pays du printemps arabe, Justin Bieber… Tout cela n’est rien.
Nous sommes en proie à un mal terrible, qui ronge les jeunes esprits et paralyse les anciens. Bientôt, toutes les civilisations, qu’elles se valent ou pas, seront de manière certaine sur un pied d’égalité. Un pied bot qui les emmènera en boitillant vers leur chute. Ce mal ? La procrastination !
Une maladie ?
Ce nom compliqué cache ce que beaucoup appelleraient paresse. Il s’agit de la propension à remettre les choses au lendemain, au surlendemain, trop tard. De nombreux psychologues considèrent la procrastination comme une maladie, et en tant que telle, un mal qui peut s’expliquer et se soigner.
D’après le site procrastination.fr, la peur de l’échec ou même du succès peuvent expliquer la tendance à la procrastination. Pour Cécile Defrance, psychologue comportementaliste interrogée par le site doctissimo.fr, magazine de santé en ligne, la procrastination peut venir d’un « décalage entre le temps évalué et la réalité » qui pousserait à devoir remettre les choses au lendemain. Selon le psychologue Walter Mischel, de l’université de Stanford, la procrastination trouve à l’inverse son origine dans un manque de maitrise de soi, de ses désirs.
Quelle que soit la cause identifiée, de nombreuses sources évoquent un manque de confiance en soi, mal à traiter par des séances chez un psychologue. Ce genre de traitement semble indiquer que la procrastination est en effet une maladie psychologique comme peut l’être la dépression ou la folie. Peut-être. Mais la procrastination cache autre chose.
Un mal social
La dimension sociale de la procrastination est révélée par Walter Mischel. Lors de ses études comportementalistes dans les années 1960, il met des enfants face à la tentation avec un test assez simple. Il s’agit de donner un marshmallow à un enfant. L’enfant a alors le choix : il peut le manger tout de suite, ou attendre le retour de l’adulte et en recevoir un deuxième. L’étude réalisée par Mischel montre que les enfants dont l’origine sociale est plus modeste ont plus de mal à se maitriser : « Quand vous grandissez pauvre, vous n’avez pas l’habitude de retarder votre rétribution » analyse-t-il.
Un internaute, profitant de la toile pour rester anonyme, va même plus loin dans la logique. Pour lui, dans le cadre du travail, repousser ses missions au lendemain proviendrait d’une volonté de la classe travailleuse de tout faire le plus tard possible parce que leur travail les « emmerde profondément », mais aussi par esprit de révolte. « Ce n’est pas pathologique, mon pauvre… C’est la guerre des classes, et tant mieux si ça se répand… ».
D’aucun pourrait ne pas être d’accord avec cette analyse néo-marxiste. Elle a en tout cas le mérite de souligner elle aussi une dimension sociale au problème de la procrastination. En outre, ce problème se répand. A commencer par les milieux étudiants. Nombreux sont les jeunes au collège, lycée ou en études supérieures à mettre régulièrement en danger leur avenir pour des raisons « futiles » mais irrépressibles. Cette pratique se développe, à tel point qu’il devient beaucoup plus acceptable, au moins dans le milieu étudiant, de rendre un travail en retard, de ne pas respecter les délais.
Disons-le clairement, ce mal prolifère tel un microbe, virus, une épidémie… Que dis-je une épidémie ? C’est une pandémie ! Quelqu’un de moins prudent décrirait sûrement un raz-de-marée prêt à engloutir une génération entière, sans laisser d’autres traces que le haut d’un chapeau remontant péniblement à la surface, au grès des remous, de-ci, de-là. Pis encore, de ce mal du siècle, il n’est fait nulle mention dans la campagne présidentielle. L’abstention ne sera pas une surprise… j’irai voter plus tard !
Thomas Weill
Photo de l’horloge astronomique de la Primatiale Saint-Jean trouvée sur : http://lyon.com/horloge-astronomique

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