Regards d'ailleurs

Le Bal des prétendants

Courbettes, pipeaux accordés et coups bas sont de sortie. Pas de doute l’heure des élections a sonné. Le grand fossé entre la gauche et la droite se forme à nouveau sur les décombres des gloires idéologiques passées. Oubliées ces luttes intermédiaires qui ont fait éclater les clivages traditionnels au cours des dernières années. Quand certains repoussent avec mauvaise foi le Grenelle de l’environnement, d’autres mettent un voile pudique sur le discours de Grenoble. Le glacis partisan ne permet plus les critiques et si le candidat déçoit, on se console en voyant que l’autre est simplement pire. Et c’est pourtant cet homme, ou cette femme, qui recevra la responsabilité de sortir de l’ornière le destin commun de 65 millions de citoyens. Il ne s’agit pourtant pas d’ajouter une belle hagiographie au grandiloquent récit républicain mais plus de voir que cette présidence si disputée n’est peut-être pas le beau parti que tant escomptent.

Le bal masqué à l’opéra – Edouard Manet

Quel plaisir en effet, que d’incarner l’action de l’Etat quand celle-ci est oppressée de toutes parts… L’endettement et les dépenses obligatoires ne donnent qu’une marge de manœuvre extrêmement limitée pour le gouvernement. Et il ne s’agit que de la politique budgétaire puisque les politiques monétaires et de change sont aux mains de la Banque Centrale Européenne. Quel plaisir aussi, que de faire des promesses tout en sachant que seule la conjoncture garantira l’ensemble du programme. L’économie donnera son tempo à la prochaine mandature alors qu’elle aura déréglé celui de la dernière.
Dans ce cas, si c’est le système qui pervertit l’avenir, pourquoi ne pas voter contre le système me direz-vous ? Sortons de l’euro et de l’Europe, fermons nos frontières et exprimons notre souveraineté face aux appétits financiers des marchés internationaux. Voilà qui serait avoir de la poigne et qui serait réellement gouverner. Et après ? Nous serons heureux sans euro, le franc sera de retour et évidemment il ne sera pas dépendant de l’extérieur… Si on dévalue ce sera pour protéger notre industrie et nos emplois mais face à qui ? Face à des partenaires commerciaux plus compétitifs qui nous imposeront de niveler notre puissance monétaire par le bas faute de pouvoir niveler notre compétitivité par le haut. Bienvenue au pays de l’indépendance. Si nous fermons nos frontières nous serons aussi heureux avec nos sacs « made in France » à 60 000 francs et nos ordinateurs… en fait non, nous ne produisons plus d’ordinateur. Il nous faudra aussi montrer nos muscles aux marchés financiers et aux agences de notations qui ont eu l’outrecuidance de rabaisser notre note. Dénonçons-les car après tout qui croire entre des agences qui n’ont pas vu venir les excès de la titrisation en 2008 et un Etat endetté à près de 90% de son PIB ? C’est sans doute une question de point de vue…
Dans l’absurde de cette démonstration, les candidats ne peuvent se transformer qu’en père Ubu, en déployant des déclarations qui n’ont ni queue ni tête et en dénonçant un système au sein duquel en cas d’élection ils s’intègreront avec majesté. Il n’y a pas de candidat du système mais des candidats dans le système. Car au temps de la gouvernance, le gouvernement n’a plus la place qu’il occupait autrefois. Le Palais impulse de moins en moins et il réagit de plus en plus. Reste que cette réaction est plus que jamais un acte politique. Si le futur(e) président(e) n’aura certainement pas le pouvoir de rebattre les cartes, il devra jouer au mieux avec celles qu’il a. L’élection viendra donc couronner ses compétences et les honneurs dévolus à la fonction achèveront de combler son égo. Que dire donc à tous ces prétendants ?
Eh bien, dansez maintenant !
HBDV

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